Une cérémonie

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Une cérémonie

Message par Menuiziebihan le Dim 13 Juil - 15:20

Instant triste et solennel, les portes de l’église étaient grandes ouvertes, il faisait doux, les gens s’étaient attablés à la terrasse, parmi eux quelques participants arrivés en avance, les angoissé de la pendule, de ceux qui vous exaspèrent par leur horripilante ponctualité quand ils sont invités, étonnés à chaque fois de vous trouver encore à vous afférer aux fourneaux, alors qu’ils venaient de sonner au moment même ou les derniers coups de l’horloge avaient à peine fini de raisonner.

Autour de l’église chacun y allait de ses petites manies,  il y a le vrai hâtif, faisant les cent pas devant l’église, vérifiant sa montre à chaque instant, observant l’avancé des préparatifs, se disant sans doute que, son tour venant, pour lui les choses seraient organisées avec plus de rigueur, singulier dans son agitation délaissant sa femme et son éventuelle marmaille dans son mouvement brownien. On pouvait noté à quelques pas de là, immobile et vaguement pensif, le professionnel de l’attente, adossé à un bar, attablé dans un résultant, perdu dans une salle d’attente, faisant la queue à un guichet, il est de ces gens qui ne s’émeuvent de rien pendant que les autres, faisant foule, s’impatientent, trépignent, s’énervent, s’époumonent, le tout souvent vainement mais au moins avec énergie, lui  se contente d’être là, d’attendre, aussi peu encombré de lui-même qu’il est possible de l’être, d’autres plus classiquement faisaient passer le temps en sirotant un café ou une bière, attendant que tout cela se mettent en place, ou qu'on leur fasse signe.

Seuls les employés qui s’activaient aux derniers préparatifs, ainsi que la famille proche, étaient vêtues de noirs, assez peu de saison mais tout à fait de circonstances, certes il y avait quelques camaïeux de gris foncé mais on sentait l’effort de faire dans le sombre,  pour les autres l’impression dominait que certains avaient fait au mieux et que d’autres avaient par économie ou conviction, superbement ignorés les conventions : l’orange le plus vif côtoyaient le gris terne, quelques tenues se singularisaient, en même temps c’est le début de l’été,  avec des variations tout à fait sympathique autour du bleu pâle. Par souci des conventions, par amitié ou simple habitude, certains ont fait quelqu'effort: les tenues sont parfois repassées, pantalon ou jupe, cela sent un peu la naphtaline, ou l’emprunt à un voisin ou un ami de la famille, la taille est proche sans être identique, la longueur des manches sen ressent, les pantalons jouent de l’accordéon  ou ne cachent rien des chaussettes aux couleurs criardes, les épaules tombent au niveau des bras ou restent prés du cou, sans être totalement raccord on imagine le temps passé et on suspecte une certaine réflexion, la volonté de bien faire aussi, à l’évidence la penderie a été consciencieusement visitée, concourt de circonstances : ce sont les soldes.

La mélange des genres est de rigueur, on a sorti le costume du dimanche et les chaussures de sport, elles sont noires que peut-on y trouver à redire ?

Alimentant progressivement ce patchwork vestimentaire, petit à petit la foule grossit , si l’effort vestimentaire ne s’en ressent pas, les affaires du café y gagnent, les tables se remplissent, on se salue, on offre ses condoléances, un verre à d’autres, un bras charitable pour les plus chenues, un coup de main bienvenu pour une cravate rétive, bref on se revoie ou on s’occupe, parfois les deux. On voit se dessiner une carte sociale, un rien économique. Les groupes se forment, ceux qui se connaissent, et ceux qui s’ignorent, les invités que l’on accueille, les arrivants inattendus ,y compris par eux-mêmes, les habitués en tout genre, ceux que l’on croit connaitre, ceux que l’on a déjà vu, les perdus se demandant ce qu’ils font là, les intrus que l'on voudrait bien voir ailleurs mais qui n’en ont cure.

On se tient comme on peut, droit ou de guingois, on fait la pose, il y a les décontractés, les concentrés, les avenants, les souriants, ils sont rares, les larmoyants plus nombreux. On repère assez facilement la famille, plus ou moins groupée, les amis, les proches, et les autres, ceux qui ont accepté de venir et qui le regrettent déjà, ceux qui passaient par là et qui se demandent s’ils vont rester, ceux que l’on a envoyé en observation, les curieux, ceux que l’on a amené , peu au fait du moment et qui se verraient bien ailleurs.

Tout ce petit monde s’éparpille et s’étale entre le parvis et la terrasse du café, s’adossant à la fontaine, ou jetant un coup de d’œil à la boutique de la modiste qui vient d’ouvrir son échoppe.

Et puis soudain, s’imposant à tous, les cloches dans un lent mouvement, que l’on suppose majestueux, s’ébranlent et couvrant toute discussion de leur carillon infernal, sonnent le rappel, les choses sérieuses vont commencer, on prend la direction du proche, on se regroupe lentement, certains finissent rapidement leur café, surveillant du coin de l’œil la progression des événements.


Sans doute jugeant que tout cela faisait suffisamment masse, les employés sortent le cercueil, mine recueilli et de circonstance, le prêtre s’avance, c’est jour d’enterrement au village.
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