Dernier Croc-Palabres chez Tante Esther

Aller en bas

Dernier Croc-Palabres chez Tante Esther

Message par CyrilG le Mer 16 Avr - 11:06

Dernier croc-palabres chez tante Esther


Hier, vendredi en fin de journée mon portable avait vibré contre ma cuisse alors que ma fille Chloée venait de poser son cartable de collégienne au cœur du salon. Le pain dans une main, les clés dans l'autre, la sacoche encore sur le dos, j'ai soufflé comme un bougon. La précipitation n'était pas de mise, peut-être un client ?. Afficher calme et maîtrise avant tout. Je me suis assuré de l'humeur de ma fille et que son attention se porte vers une activité épanouissante, genre lecture, SMS copines, sans omettre le lavage de main impératif. Sitôt ce rôle de patriarche assuré, j'ai pu retiré ma sacoche bandoulière et ma veste et m'assoir à mon bureau, le portable à la main et lunettes sur le nez.

Appel manqué de « Mamanportabl »
En l'entendant dire « allo, oui mon petit tu m'écoute ?» j'ai compris qu'il y avait problèmes. Malgré les mots tendres c'était sa voix de chef de service vexé.
J'ai dis « oui, je t'écoute » après avoir respiré un bon coup comme pour l'apnée. Silence. J'ai entendu ma mère déglutir et s'éclaircir la voix. J'ai été saisi par l'idée qu'elle m'annocait la mort de mon père.
- « Oui, je dois te prévenir, c'est Tante Esther. Elle m'a appelé. Elle va nous quitter, mon grand.
- « Maintenant, c'est sur ? »
- « Pas tout de suite mais elle veut tous nous recevoir chez elle pour un dernier Croc-palabres .
Elle tire sa révérence, nous n'en verrons pas plus. C'est demain samedi soir la dernière « soirée ». Samedi, c'est bien. Esther va t'appeler ce soir pour te donner ses consignes »
- « oui maman, je serais attentif, promis. »
- « Tout le monde vient, les morts aussi, c'est sur ça va palabrer. Un rendez-vous de sorcières »
- « Esther est un vieux soldat, elle veut brûler ses dernières cartouches avant le kaddish »
Rires de ma mère
- « Je vois que tu as compris, Elle aime la bagarre, soyons lui fidèles » la voix est mouillée
Sanglots de l'autre côté de la ligne
Je me tais. Silence.
Je reprends :
- « C'est entendu faisons lui honneur »
Nous raccrochons et j'ai l'impression d'avoir tapé un sprint sur la banquise.

Je me suis tu et je me devine une furieuse envie « Back to Black » ou Elizabeth SWHARZKHOPF. Une orgie. Cette fois, c'est moi qui envahirais la Pologne.
Je m'essuie les larmes dans la barbe avant de traverser l'appartement et entrebâiller la porte de la chambre de ma fille. Elle est calme au dessus de son I Pad. Elle bougonne, dérangée.
Je dis :
- « Je sors un peu, je te laisse. Tu te souviens des au cas où ? »
- « Oui »
- « Parfait »

Par distraction, je consulte mon planning, mes livraisons de consultant. Je me redresse d'un coup de rein. Je consulte encyclopédie du judaïsme Par rabbi Azoulay, écrivain, journaliste, animateur TV et radio, violoniste, héros des vieilles dames du Pletzl, grand dédicataire, joueur de poker et turfiste intégriste.
J'y trouve mon Graal. Je pleure de joie en silence.
Je loue le seigneur d'avoir béni les joueurs.
Je me rappelle pourquoi le second prénom de Chloé est Esther.
Autrement je m'interroge ce que tante Esther a concocté pour sa tribu, son peuple. Nous, cousins, fils, neveux dissipés, égrainés sur Paris.
Je claque la porte et dévale l'escalier. Je me trouve la route de Buzenval a crapahuter. Je me trouve tous les escaliers possibles à gravir d'une traite. Les marches par deux. Je saute les parapets .
Je suis en sueur et mes jarrets se rappellent à moi.
Au retour je me défonce à monter les quatre étages sans pause flemmard. Je préfère que ma fille me voit en serpillière suante et vaporeuse qu'en crétin psychotique.
Je pense à croc-Palabres de retour à mon bureau, pense aussi à prendre une douche.

*
Ma femme est rentrée, elle a deviné un incident. Nous avons cuisiné et j'ai dit nous irons faire notre samedi soir chez tante Esther. C'est sa dernière soirée, sa volonté et ma femme, Hélène, première communion agnostique a pleuré en faisant revenir les carottes avec de l'ail.

*
A table avant de commencer le repas, Chloé qui a saisi l'événement a pris la parole devant notre silence. Elle a dit :
- « Je sais qu'un croc- palabres c'est une réunion dans notre famille et on croc par ci par là en racontant des histoires, des histoires bizarres avec des gens un peu fous. Mais j'ai posé des questions à Mamie. Pourquoi on l'appelle Tante Esther, alors que c'est pas vraiment la tata de Mamie ? »
- « Nous disons Tante Esther pour faire plus simple »
- « Bon alors comme d'habitude on dit un truc plus étrange et plus compliqué pour faire plus simple ? »
- « En effet, cela nous arrive mon cœur. »

Nous n'avons pas commencé à manger

*
Très poliment le téléphone fixe a sonné devant nous, nos assiettes vides.
Deux grandes bougies se dressaient sur la table de chaque côté d'une bouteille de Baumes de Venise 2011.
La voix de Tante Esther était cassée, éraillée, le souffle court :
- « Voilà mon grand, le temps presse, je voudrais refaire un satané Croc-palabres... Vieilles coutumes...des choses à vous dire...notre fourbi à nous...demain soir chez moi...Apportez tout pour la dinette...je vous embrasse. »
- « Bisous »
- « ah, j'oubliais, n'écrivez aucun discours. »
- « Promis, Esther. »
*

Une fois raccroché, nous avons pleuré un bon coup et attaqué les steaks après avoir allumé les deux grandes bougies et goûté le vin rouge.

Un lac d'intranquillité frémissait dans mon crâne. Je Craignais le bouillonnement nocturne.
Une sorte de plan de bataille s’échafauderait entre mes deux oreilles, une sévère liste des commissions.
Où trouver une véritable vatroushka ou du gâteau au pavot un samedi ?

Mon portable vibra sur ma cuisse et ma mère m'affranchi sans préambule :
- « Bon, je m'occupe du foie haché. Tu t'occupe du caviar d'aubergines, tu as appris. Le vin aussi, du bon à ta convenance. Jean-Claude se charge du Pastrame, enfin du bœuf séché quoi ! Le samedi on trouve du Pastrame sans Beth din.
- « Parfait, on fait ça »
- « ah, surtout jean-Claude -ton cher oncle- te recommande de ne surtout pas préparer de discours comme l'hommage à Clément. »
- « J'avais laissé parler mon cœur, pourtant !»
- « jean claude et moi avons trouvé ton petit mot parfait pour un banquet de commisse agricole de troisième république . »
- « Mais il l'a bien lu devant l'assemblée ? Tu m'avais dis que cela avait été très apprécié ! »
- « J’ai menti pour t'épargner, En fait ton oncle a improvisé, très court très bien. Il ne fallait pas faire craquer la famille de Clément, le village et le préfet ! »
- « Soit, mais il a sauvé une partie de la famille ! »
- « le côté Entre ici toi jean Moulin, NON ! »
- « Je me tairais »
- « Tu te contenteras de cuisiner et d'écouter.  Prends des notes et profites en c'est la dernière renaissance de ligues dissoutes.»
- « Oui, chère mère. »

Fin de communication
Je me suis précipité sur mes livres de cuisine juive-séfarade, ashkénaze- soyons grand, mais comment devenir un vrai digne fils d'Abraham en une nuit et une matinée ?Probablement en réussissant mon caviar d'aubergines !
La pétoche m'étreint.
Connaitre mon Woody Allen par cœur et un peu de thora, très peu de Talmud, ne suffira pas et pour le dernier croc -Palabres chez Tante Esther il faudra y aller avec du cœur, du gustatif et une patience d'amoureux.

Demain samedi soir dans un vieil appartement du XV iéme à Paris de jeunes vivants, de vieux survivants et des disparus suppliciés vont taper la causette autour des cornichons à la russe. Férocité et irritabilité, somatisation. C'est certain que avoir eu une grosse partie de sa famille -grands parents, petits frères, petits cousins- transformés en pâte à savon, cela vexe.

Je retourne à mes recettes et Hélène m'aide autant que possible.
Et projéte avec elle de terribles achats pour le lendemain et chargerait à le monospace.

Je voudrais me confier à une certaine douce amie avant notre rdv clandestin de demain mais renonce à lui en parler. Elle me préfère en rude compagnon.

J'allais m'endormir dans les bras d’Hélène quand mon portable vibre.
Sur l'écran le correspondant est inconnu mais je reconnais la voix.
C'est Henri,le petit frère du père de ma mère, Jacob. Jacob nous a quitté voilà dix ans.
Le tumultueux frérot -artiste peintre maudit- ne m'a jamais appelé au portable. Quelqu'un lui a communiqué mon n° en 06


- « Allo, c'est toi. Esther m'a convoqué cet après midi. J'ai du abandonner ma toile, j'ai un grand galeriste américain qui attend ma création pour une grande rétrospective de moi à New-York, L'avion attend.. »
- »Super »
- « il pète des rouleaux de dollars ce mec.Tout n'est que fange, que fange et poussière, je ne viendrais jamais partager une charogne avant vous, je l'ai redis à Jacob. »
- « tu fais comme tu veux »
- « plutôt crever »
- « à ta guise »
- « Vous n'avez jamais rien compris à l'absolue de l'art »
-« Rassure toi, apporte nous une toile»
- « Quoi, une grande ? »
- « Non, seulement une 2 mètres sur 3 »
- « Jamais »
- « Tu peints toujours ton atelier en teintes claires ?
- « Non, t es fou. J'ai repris ma période Lointains Cavaliers teutoniques dans paysage pétrifié »
- « Ah ? »
- « Je ne perdrais mon temps avec des crétins et des aveugles ! »

Il est 23h30

Nous avons raccrochés et je crois Hélène et moi avons fais l'amour.

*

Mais ça c'était hier, aujourd'hui samedi, avant de préparer le thé je fais attention à m'étirer méthodiquement. Evitons le tournis et les luxations.

Je choisis un Ceylan et le service en faïence grège à fleurs roses , le préféré d’Hélène. Les tranches de pain de campagne sont toastées et le tout puissant et ma tribu de bricoleurs- raconteurs d'histoires névrotiques m'attendent pour une sorte de dernier grand oral. Mais Esther et moi, avons une chose à nous dire. C'est la priorité.

Gardons à l'esprit notre rdv avec cette femme magnifique.
CyrilG
CyrilG

Messages : 89
Date d'inscription : 23/03/2014
Age : 48
Localisation : Souvent en moi-même

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Dernier Croc-Palabres chez Tante Esther

Message par MdeB le Sam 26 Avr - 5:25

... décalage horaire, insomnies. Je bug un peu devant devant mon écran
"dernier croc-palabres chez tante Esther". Intriguée, je survole, me fais prendre, je dévore. Je lis et relis encore.
Cette fois, c'est sur, je ne veux plus dormir. J'attends le retour de chez tante Esther

MdeB
Admin

Messages : 80
Date d'inscription : 10/03/2014

Voir le profil de l'utilisateur http://labouquine.forumactif.fr

Revenir en haut Aller en bas

Re: Dernier Croc-Palabres chez Tante Esther

Message par CyrilG le Dim 27 Avr - 4:41

Dernier croc-palabres chez tante Esther


Hier, vendredi en fin de journée mon portable avait vibré contre ma cuisse alors que ma fille Chloé venait de poser son cartable de collégienne au cœur du salon. Le pain dans une main, les clés dans l'autre, la sacoche encore sur le dos, j'ai soufflé comme un bougon. La précipitation n'était pas de mise, peut-être un client ?. Afficher calme et maîtrise avant tout. Je me suis assuré de l'humeur de ma fille et que son attention se porte vers une activité épanouissante, genre lecture, SMS copines, sans omettre le lavage de main impératif. Sitôt ce rôle de patriarche assuré, j'ai pu retiré ma sacoche bandoulière et ma veste et m'assoir à mon bureau, le portable à la main et lunettes sur le nez.

Appel manqué de « Mamanportabl »
En l'entendant dire « allo, oui mon petit tu m'écoute ?» j'ai compris qu'il y avait problèmes. Malgré les mots tendres c'était sa voix de chef de service vexé.
J'ai dis « oui, je t'écoute » après avoir respiré un bon coup comme pour l'apnée. Silence. J'ai entendu ma mère déglutir et s'éclaircir la voix. J'ai été saisi par l'idée qu'elle m'annoncait la mort de mon père.
- « Oui, je dois te prévenir, c'est Tante Esther. Elle m'a appelé. Elle va nous quitter, mon grand.
- « Maintenant, c'est sur ? »
- « Pas tout de suite mais elle veut tous nous recevoir chez elle pour un dernier Croc-palabres .
Elle tire sa révérence, nous n'en verrons pas plus. C'est demain samedi soir la dernière « soirée ». Samedi, c'est bien. Esther va t'appeler ce soir pour te donner ses consignes »
- « oui maman, je serais attentif, promis. »
- « Tout le monde vient, les morts aussi, c'est sur ça va palabrer. Un rendez-vous de sorcières »
- « Esther est un vieux soldat, elle veut brûler ses dernières cartouches avant le kaddish »
Rires de ma mère
- « Je vois que tu as compris, Elle aime la bagarre, soyons lui fidèles » la voix est mouillée
Sanglots de l'autre côté de la ligne
Je me tais. Silence.
Je reprends :
- « C'est entendu faisons lui honneur »
Nous raccrochons et j'ai l'impression d'avoir tapé un sprint sur la banquise.

Je me suis tu et je me devine une furieuse envie « Back to Black » ou Elizabeth SWHARZKHOPF. Une orgie. Cette fois, c'est moi qui envahirais la Pologne.
Je m'essuie les larmes dans la barbe avant de traverser l'appartement et entrebâiller la porte de la chambre de ma fille. Elle est calme au dessus de son I Pad. Elle bougonne, dérangée.
Je dis :
- « Je sors un peu, je te laisse. Tu te souviens des au cas où ? »
- « Oui »
- « Parfait »

Par distraction, je consulte mon planning, mes livraisons de consultant. Je me redresse d'un coup de rein. Je consulte encyclopédie du judaïsme Par rabbi Azoulay, écrivain, journaliste, animateur TV et radio, violoniste, héros des vieilles dames du Pletzl, grand dédicataire, joueur de poker et turfiste intégriste.
J'y trouve mon Graal. Je pleure de joie en silence.
Je loue le seigneur d'avoir béni les joueurs.
Je me rappelle pourquoi le second prénom de Chloé est Esther.
Autrement je m'interroge ce que tante Esther a concocté pour sa tribu, son peuple. Nous, cousins, fils, neveux dissipés, égrainés sur Paris.
Je claque la porte et dévale l'escalier. Je me trouve la route de Buzenval a crapahuter. Je me trouve tous les escaliers possibles à gravir d'une traite. Les marches par deux. Je saute les parapets .
Je suis en sueur et mes jarrets se rappellent à moi.
Au retour je me défonce à monter les quatre étages sans pause flemmard. Je préfère que ma fille me voit en serpillière suante et vaporeuse qu'en crétin psychotique.
Je pense à croc-Palabres de retour à mon bureau, pense aussi à prendre une douche.

*
Ma femme est rentrée, elle a deviné un incident. Nous avons cuisiné et j'ai dit nous irons faire notre samedi soir chez tante Esther. C'est sa dernière soirée, sa volonté et ma femme, Hélène, première communion agnostique a pleuré en faisant revenir les carottes avec de l'ail.

*
A table avant de commencer le repas, Chloé qui a saisi l'événement a pris la parole devant notre silence. Elle a dit :
- « Je sais qu'un croc- palabres c'est une réunion dans notre famille et on croc par ci par là en racontant des histoires, des histoires bizarres avec des gens un peu fous. Mais j'ai posé des questions à Mamie. Pourquoi on l'appelle Tante Esther, alors que c'est pas vraiment la tata de Mamie ? »
- « Nous disons Tante Esther pour faire plus simple »
- « Bon alors comme d'habitude on dit un truc plus étrange et plus compliqué pour faire plus simple ? »
- « En effet, cela nous arrive mon cœur. »

Nous n'avons pas commencé à manger

*
Très poliment le téléphone fixe a sonné devant nous, nos assiettes vides.
Deux grandes bougies se dressaient sur la table de chaque côté d'une bouteille de Baumes de Venise 2011.
La voix de Tante Esther était cassée, éraillée, le souffle court :
- « Voilà mon grand, le temps presse, je voudrais refaire un satané Croc-palabres... Vieilles coutumes...des choses à vous dire...notre fourbi à nous...demain soir chez moi...Apportez tout pour la dinette...je vous embrasse. »
- « Bisous »
- « ah, j'oubliais, n'écrivez aucun discours. »
- « Promis, Esther. »
*

Une fois raccroché, nous avons pleuré un bon coup et attaqué les steaks après avoir allumé les deux grandes bougies et goûté le vin rouge.

Un lac d'intranquillité frémissait dans mon crâne. Je Craignais le bouillonnement nocturne.
Une sorte de plan de bataille s’échafauderait entre mes deux oreilles, une sévère liste des commissions.
Où trouver une véritable vatroushka ou du gâteau au pavot un samedi ?

Mon portable vibra sur ma cuisse et ma mère m'affranchi sans préambule :
- « Bon, je m'occupe du foie haché. Tu t'occupe du caviar d'aubergines, tu as appris. Le vin aussi, du bon à ta convenance. Jean-Claude se charge du Pastrame, enfin du bœuf séché quoi ! Le samedi on trouve du Pastrame sans Beth din.
- « Parfait, on fait ça »
- « ah, surtout jean-Claude -ton cher oncle- te recommande de ne surtout pas préparer de discours comme l'hommage à Clément. »
- « J'avais laissé parler mon cœur, pourtant !»
- « jean claude et moi avons trouvé ton petit mot parfait pour un banquet de commisse agricole de troisième république . »
- « Mais il l'a bien lu devant l'assemblée ? Tu m'avais dis que cela avait été très apprécié ! »
- « J’ai menti pour t'épargner, En fait ton oncle a improvisé, très court très bien. Il ne fallait pas faire craquer la famille de Clément, le village et le préfet ! »
- « Soit, mais il a sauvé une partie de la famille ! »
- « le côté Entre ici toi jean Moulin, NON ! »
- « Je me tairais »
- « Tu te contenteras de cuisiner et d'écouter.  Prends des notes et profites en c'est la dernière renaissance de ligues dissoutes.»
- « Oui, chère mère. »

Fin de communication
Je me suis précipité sur mes livres de cuisine juive-séfarade, ashkénaze- soyons grand, mais comment devenir un vrai digne fils d'Abraham en une nuit et une matinée ?Probablement en réussissant mon caviar d'aubergines !
La pétoche m'étreint.
Connaitre mon Woody Allen par cœur et un peu de thora, très peu de Talmud, ne suffira pas et pour le dernier croc -Palabres chez Tante Esther il faudra y aller avec du cœur, du gustatif et une patience d'amoureux.

Demain samedi soir dans un vieil appartement du XV iéme à Paris de jeunes vivants, de vieux survivants et des disparus suppliciés vont taper la causette autour des cornichons à la russe. Férocité et irritabilité, somatisation. C'est certain que avoir eu une grosse partie de sa famille -grands parents, petits frères, petits cousins- transformés en pâte à savon, cela vexe.

Je retourne à mes recettes et Hélène m'aide autant que possible.
Et projéte avec elle de terribles achats pour le lendemain et chargerait à le monospace.

Je voudrais me confier à une certaine douce amie avant notre rdv clandestin de demain mais renonce à lui en parler. Elle me préfère en rude compagnon.

J'allais m'endormir dans les bras d’Hélène quand mon portable vibre.
Sur l'écran le correspondant est inconnu mais je reconnais la voix.
C'est Henri,le petit frère du père de ma mère, Jacob. Jacob nous a quitté voilà dix ans.
Le tumultueux frérot -artiste peintre maudit- ne m'a jamais appelé au portable. Quelqu'un lui a communiqué mon n° en 06


- « Allo, c'est toi. Esther m'a convoqué cet après midi. J'ai du abandonner ma toile, j'ai un grand galeriste américain qui attend ma création pour une grande rétrospective de moi à New-York, L'avion attend.. »
- »Super »
- « il pète des rouleaux de dollars ce mec.Tout n'est que fange, que fange et poussière, je ne viendrais jamais partager une charogne avant vous, je l'ai redis à Jacob. »
- « tu fais comme tu veux »
- « plutôt crever »
- « à ta guise »
- « Vous n'avez jamais rien compris à l'absolue de l'art »
-« Rassure toi, apporte nous une toile»
- « Quoi, une grande ? »
- « Non, seulement une 2 mètres sur 3 »
- « Jamais »
- « Tu peints toujours ton atelier en teintes claires ?
- « Non, t es fou. J'ai repris ma période Lointains Cavaliers teutoniques dans paysage pétrifié »
- « Ah ? »
- « Je ne perdrais mon temps avec des crétins et des aveugles ! »

Il est 23h30

Nous avons raccrochés et je crois Hélène et moi avons fais l'amour.

*

Mais ça c'était hier, aujourd'hui samedi, avant de préparer le thé je fais attention à m'étirer méthodiquement. Evitons le tournis et les luxations.

Je choisis un Ceylan et le service en faïence grège à fleurs roses , le préféré d’Hélène. Les tranches de pain de campagne sont toastées et le tout puissant et ma tribu de bricoleurs- raconteurs d'histoires névrotiques m'attendent pour une sorte de dernier grand-oral. Mais Esther et moi, avons une chose à nous dire. C'est la priorité.

Gardons à l'esprit notre rdv avec cette femme magnifique.
Ma liste des commissions est prête, lue, relue et comme à mon habitude, je l'oublie sur la table de la salle à manger et j'embrasse fort Chloé et Hélène.

Je pars au marché mille angoisses en tête. Je choisis les plus belles aubergines que je puisse trouver.
Avec de l'ail, trois gousses
Mon rendez vous avec ma belle et douce amie ne me quitte pas.
Penser au vin. Passage chez le caviste pour le réserver. Il faut que je cuisine et je remmémore les étapes essentielles de la recette du caviar d'aubergines. Jacob l'adorait, s'en contentait facilement avec excés, sourire et yeux pétillant. Aurait il été abusif d'obtenir de lui qu'il se survive pour etre le syziphe de cette soirée, lâcheur. D'une certaine façon cela lui aurait plu, avec une pointe de cruauté. Il manque à la tribu dont il n'était certainement pas le patriarche. Tante Esther est le centre de ce réseau comme le rond-point de l'étoile. Elle lui reprochait souvent son inconséquence mais ces deux là avaient des histoires à se raconter. Elle adolescente et lui pére de famille, ma mère agée de trois , ils avaient connu le même drame en avril 1944, l'arrestation dans une ferme normande d'une partie de la famille. Quelle était la date éxacte déjà ?

Je suis à la terrasse du café de la place de l'église et l'expresso est bu. Mes pensées m'inquiétent et l'arôme du café au palais m'évoque la force des histoires d'amour.
Je suis passé chez le caviste et le Champagne, le Bourgogne et le Côte du Rhône en mémoire de Jacob sont mis de Côté. François en fin gourmet ne me pardonnerait pas un écart de goût. Certains sont sans pitié sur le superflu. Pourrais-je un jour lui faire une remarque sur les noeux papillons à fleurs qu'il porte avec du Prince de Galles ?
J'espéres qu'après quelques verres de bourgogne seulement, il se posera avec talent devant le piano droit d'Esther. Il a toujours désiré égaler Glenn Gould.

Nous sommes souvent des êtres imparfaits et toujours amoureux de quelque chose ou de quelques unes.

Avant de remonter à la maison, j'achéte de la farine et des amandes et des roses rouges.
Devant mes fourneaux je m'attaque aux aubergines.
Le bon couteau est prêt et je tape une larme de Jameson.
Je pleure. Chloé et Hélène choisissent leur tenues. Je me souviens qu'après la mort de ma grand-mère avant mes dix ans, j'ai continué à apprendre à cuisiner avec Esther. Gâteaux au fromage blanc, strudel aux pommes, foie haché à la roumaine.

Je pratique une incision dans le sens de la longueur sur un flanc des aubergines, au nombre de quatre. Le four est chaud, thermostat 6. Il faudra que la peau soit craquelée et légèrement brulée. La chair parfaite encore moelleuse.
A point, sur une grande planche, muni d'une cuillére à soupe je sort la chair de la gangue. Je laisse égoutter sur une assiette inclinée pendant 15 mn. Je me souviens du regard, des mains et de la patience d'Esther avec moi à la cuisine le mercredi et le samedi. Le même regard sur moi quand elle m'écoutait sur mes lectures de Jules verne ou Rabelais ou Marcel Aymé.

Je prépare la pâte du pain aux amandes et Hélène m' a serré la main longement en recevant le bouquet de roses.
Le grand couteau à lame large et rigide est dans ma main, la chair de l'aubergine sur la planche, l'ail est émincée et réservée dans un bol.
Je coupe la chair à coups rapide et répétés de gauche à droite, tous les centimétres.
Je répéte l'opération perpendiculairement.
La chair est plus réguliére.
Egoutter légérement.
Avec une fourchette j'écrase la pulpe et procède de la même façon. Je rajoute de l'huile de tournesol, l'ail, le sel, le poivre. Je goutte, le goût doit en être relevé plus par le fumé et le poivre que par l'ail.
Laisser reposer dans un plat couvert au réfrigérateur.

Pour le pain aux amandes, ajout d'anis en graines. je façonne une miche rectangulaire, longue et légérement bombée. En début de cuisson au four, je ressort le pain et découpes des tranches de deux cm d'épaisseur et remets au four.

Après cuisson, je chausse mes chaussures de marche et fais le tour des librairies de mon village. J'ai dans ma sacoche les deux livres que je m'éfforce de lire en ce moment. « Ma part d'ombre » de James Ellroy et « Meshuga » la folle d'Isaac B. Singer. Je songe à « La Folie Hilliker d'Ellroy » sur les femmes de sa vie. J'aurais préféré qu'Isaac B. Singer en soit le créateur.
Je fouine d'un pas rapide et en y revenant à la suite. Je creuse mon sillon dans les ruelles et me cambre au pied des rayonnages, me courbe devant les tables, continents par continents, thémes par thémes. Il m'arrive sans trop le laissé deviner d'être amoureux de la libraire. Amoureux des musées.

Esther et moi arpentions de la sorte le Louvre, faisant de tout le musée un magestieux flip book, c'était notre fourmiliére. J'y retournait aussi un peu plus grand avec Aurôre la jeune étudiante logée par Jacob, récemment veuf, dans la chambre du 6 iéme étage.
Avec Aurôre et sans Esther j'allais chez les bouquinistes des quais de Seine, rue du Bac et rue Montorgueil. Adolescent chaponneré par une espagnole rousse aux cheveux courts, enthousiaste et sans scrupules.

Tante Esther Idolâtre Marie Curie, aime les livres de Simone de Beauvoir, de Doris Lessing et ceux de Catherine Clament. Catherine C. avec qui elle jouait à la marelle devant la pharmacie Clament entre 1937 et 1939.
Sans doute une fidélité de gamine à des destins de femmes.
Tante Esther en vieillissant est devenue sévére davantage, rigide et intransigeante et même si elle gardait de la bienveillance elle tempêtait souvent contre Ilse, ma grand-mère trop faible, jacob, trop turfiste et volage et pauvre, Aurôre trop jeune, impêtieuse.

Je choisis un bouquet de roses rouges et achetait un ballotin de grains de raisins à l'armagnac trempés dans le chocolat noir chez un MOF au coin de la rue et prend la direction des rives de Seine.
Les 20mn de marche me font du bien. Il faut rajouter 15 mn le long de la Seine pour rejoindre le point de rdv avec Florence, la douce amie. Les roses fatiguent un peu.
Les bonbons chocolat -raisins tiennent le coup.
Florence est là, elle sourit sous la douce frondaison des arbres, 40 ans, pas très grande, yeux bleus, cheveux blonds coupés courts, poitrine opulente, taille fine, mollets et cuisses de joggueuse.
Elle me sourit encore, accepte avec plaisir mes fleurs, me dit « J'ai décidé que tu es en retard. »
Je proteste briévement et elle rétorque- « si car dans le fond tu es toujours en retard »
Moi muet.
Florence hume avec un sourire le bouquet de 15 roses rouges sans épines de chez Lagarde et m'en donne une bonne paire de soufflets.
Florence est réjouie.
Le bouquet vient juste de finir dans le fleuve au pied du ponton des canotiers qu'elle m'engage à la suivre pour une promenade tonique.
Nous marchons d'un pas régulier et rapide. L'exercice est bon, je respire mieux, mes muscles se raffermissent. L'angoisse au creux de ma poitrine disparaît, heureux de partager cet effort avec Florence.
1 heure après, sur un banc sous les arbres , un peu à l'écart, Florence a déjà entamé les bonbons et moi j'entame ses lévres et son décolleté.
Je dis ne pas être disponible dans les jours à venir en raison du travail et d'affaires de famille prioritaires. Elle soupése, évalue ma formule, les yeux vers le sol, une petite moue sur les lévres et me dit : « je n'en attend pas moins d'un mec sérieux, la qualité prime sur la quantité. »
Nous faisons le retour main dans la main.

Une fois en ville, je passe prendre le vin en voiture chez le caviste. Le champagne est rafraichi.
A la maison il mis au réfréjateur.
Je prends une douche et Hélène, Chloé et moi nous nous retrouvons à une terrasse sur la place une orangeade à la main. Chloé est déjà en tenue et passé par une librairie.
Elle a choisie « Michel Strogoff » de Jules Verne.
Tante Esther m'avais offert le Strogoff avec les lithographies de l'édition originales. Le même jour « Le journal d'Anne franck ». A noter le fort caractère pédagogique des présents

J'ai quelque chose à dire à Chloé. Elle, si fiére d'assister à la confirmation de ses cousins, qui parle de Jésus comme les gamins parlent d'un brillant animateur de colo.
Quand les parents d'Hélène lui suggére de choisir à la TV entre un doc sur l'histoire de l'allemagne et un dessin animé racontant les aventures d'un lapin de Pâques, Chloé répond qu'elle a remarqué « L'histoire de Jésus » proposée par Stephane Bern sur France 3.
Nous avons répondu que l'on pouvait certainement faire comme ça aussi.


*
Voiture chargée, nous entamons l'équipée vers Paris XIV.
Le trajet est un peu long en raison des sorties du samedi.
*
Arrivée 19h45 devant le 105, rue de la Convention. L'immeuble est une résidence de 1910 avec balcons et grandes baies vitrées en arc, munies de nombreuses jardiniéres. L'âge d'or de l'architecture béton armé et briques apparentes.
Interphone.
Le dernier croc-Palabres de tante Esther aura lieu au 3ieme étage, porte gauche.
Devant la porte nous sommes chargés comme des sapins de noël.
Paniers et sacs à provisions, sacs isothermes.
Roses rouges commandées chez Lagarde par Héléne et Chloé.
Pour le vin il faudra que je fasse plusieurs voyages.
Un pan de la double porte s'ouvre lentement, il glisse doucement sur ses gonds.
Chloé porte le bouquet, prête à se faire accueillir, joyeuse.
Certains sont déjà en train de rire et d'en faire trop.
Esther nous souris et nous souhaite la bienvenue de sa voix cassée . Sa main gauche est encore sur la porte et semble s'y retenir. Le bras droit un peu flêchi est immobile le long du corps.
Esther a de grands yeux marrons, presque noirs derriére ses lunettes d'écailles. Cheveux gris coupés courts qui ont été noirs de geai. Elle a encore maigrieet s'est encore voutée. Nous nous enlaçons.
Je tombe la veste comme les autres sur le lit style Louis XIV de sa chambre à coucher et je remarque sur le manteau de la cheminée, sur la commode des photos encadrées que je ne leur connaissais pas.
Je ne m'attarde pas et retourne chercher le vin.
La cuisine est bruyante, Hélène, chloé, Ma mère y officient sous l'oeil d'Esther.
Une tout rapporté de la voiture je dispose le caviar d'aubergines et le pain aux amandes, le champagne frappé sur la grande table du buffet. Là aussi des photos tronent sur les meubles et les dessertes. Certaines photos que je n'ai jamais vu. La flamme des bougies font des irisations sur le tissu mural orange. Cheminées garnies de grands miroirs dans les deux corps du séjour. Esther a toujours apprécié le style Louis XIV, si décadent pour une enseignante si rigoriste. Palmes académiques. Une carriére au service de l'enseignement publique et laïque, directrice d'école primaire. Elle porte ce soir ses palmes agrafées sur sa poitrine trop plâte et les éffleure de la main gauche en disant d'une moue d'auguste : « ma babiole.. »
Elle poursuit :
« Je suis tellement heureuse de vous recevoir. Faut pas lésiner . Nous avons des choses à nous dire. Cette soirée aurait plus à ce fainéant de jacob, polisson il serait venu après le turf et le bridge. »
- « Oui au bras d'une jeunette »
Je la vois tiquer
- « oui certainement avec une poule. Et ta grand mère Ilse, ma cousine. Si digne. Si molle »
- « Il nous manque »
- « Oui, il manque. À Aurore aussi mais elle ne viendra pas »
- « Elle ne tient pas à venir »
- « Pourquoi ? »
- « Je l'en ai convaincue. Pas eu besoin d'insister »
regret et silence de ma part.
Je réalise que ce soir je vais appeler un bon nombre de personnes »cher oncle » ou « cher cousin » des gens qui ne le sont pas directement. Tout alliage est passé par le feu.
Salé et sucré sont juxapposés sur la grande table Henri II.
Foie haché à la roumaine , Pastrame, caviar d'aubergines, strudel viennois aux pommes avec cannelle, gâteau au pavot, Borgsht , salade de betteraves et d'oeufs, Olives noires rondes et lisses, olives vertes, olives à la grecque, carpe farcie, foie gras, gros cornichons à la russe, tarama et blinis, salade à la russe, Vodka ukrainienne glacée et vodka polonaise herbe à bison chambrée. Champagne pinot meunier et chardonnay millésimé 2003.

Certains ont déjà grapillé quelques choses pour leurs petites assiettes à dessert. Moi je plonge la main dans le grand bocal à cornichons et en un comme on savour une friandise. On a parfois comme cela ses propres madeleines de Proust. Je remarque sur une petite table sur le côté -élégament dressée- des roulés de feuilles de vigne, une salade à la grecque et une bouteille de retziné. Un hommage à Serge, l'époux défunt d'Esther. Un rude gaillard d'origine grecque muni d'une farouche et fameuse paire de moustaches. D'ailleurs le voici en photo sortie du néant, sourire espiégle et moustache grisonnante. On le dirait de l'album de « Tintin et le sceptre d'Ottokar ».

*

Ce peuple refondé, recomposé pour un soir, alterne les phases tonitruantes, les embardées verbales , les fortes démonstrations, et les conciliabules machonneurs à deux ou trois ; In peto.
Il existe de même dans ce salon, une sorte de mouvement giratoire de convives flaneurs se ravitaillant presque mollement, l'air de rien. Ce qui me les rend profondement attachants. Le buffet se montre victime de son succès.
Ma mère me précise que mon oncle Benjamin a commandé chez Finkenltaj dès hier et fait livrer pour ce soir. Nous goutons, évaluons en comparaison à nos souvenirs. Est ce bien toujours le vieux qui travaille selon la tradition, dans le respect du beau travail ? Quoi le vieux finkelstaj qui est mort en 1955 ou celui qui est mort en 1980 ou celui qui va partir en retraite l'année prochaine ou encore le beau frère de la fille qui y travaille aussi? Non, celui qui a refait un stage à New-York chez Hab&Salomon Delicatessen. Ah, alors c'est le fils, Ruben, le petit qui a 70 ans. Voilà, c'est ça !

Gregory, le fils d'Esther est venu avec sa femme Clothilde et leurs deux enfants, Julien qui actuellement passe les concours d'entrée pour les écoles d'ingénieur à Paris et Marine, belle et pulpeuse qui redouble sa premiére. Clothide se félicite à gorge chaude du succès de leurs premiéres communion et confirmation. D'ailleurs en demande d'admiration, elle en fait passer les albums photos. Personne ne lui précise que nous en étions avertis car tous présents ces jours lointains. Nous nous y prêtons, fraternels avec le sourire.

Ma mère et Esther sont en discussion devant la porte d'entrée entrebaillée. Je les rejoins et assiste à leur échange à propos des motifs et des griefs d'oncle Henri.
Ma mére se retourne vers moi alors qu'Esther se renfrogne.
- « Ton oncle Henry nous a expliqué ses raisons de ne pas venir, qu'il nous méprise, qu'il répugne à fréquenter de tels ignards alors qu'un milliardaire américain le supplie de lui prêter ses derniéres créations contre un chéque fabuleux.»
- « Et bien, oui il me l'a expliqué hier soir »
- « Alors il va encore mieux le faire. Il est sur le palier »
Henri entre telle une bourrasque. 20 ans en 1944.
Me dévisageant :
- « Mais qui êtes vous ? »
- « je suis ton petit neveu Cédric. Tu m'as appelé hier soir »
- « Ah, oui, Auric, je ne te le répéterais pas. Il fallait couper court, laisse moi passer »
- « Bienvenue, mets toi à l'aise »
- »Je ne fais que passer, surtout trouve moi une biére et indique moi où se trouve la TV et les guogues »
- « Il y à un match ce soir ? »
- « Sur la 2 c'est le rugby et du catch en simultanée sur la 3 »
Il regarde les cadres au mur du salon Télé et souffle :
- « Que des croutes encadrées, je comprends pourquoi elle n 'a jamais acheté des toiles »
Le voyant scruter son i phone, je l'interroge :
- « ton galériste américain ? »
- « non, la météo et en plus il y a eu une contamination alimentaire en chine »
devant la l'écran plat, l'oreille collée à son portable il me congédie. Après un faux départ je lui indique d'un geste bref la porte toute proche des toilettes.
J'aime profondement la peinture de mon grand Oncle et il a prouvé qu'il savait se servir d'un fusil d'assault.
Les deux frères de ma mère Jean-Claude et Alexandre, tous deux écrivains s'invectivent gentiment l'un en appréciant particuliérement la salade russe, l'autre, le strudel à la viennoise agrémenté de cornichons à l'aigre douce. Tous deux se sont rafraichis largement à la vodka herbe à bison.
Il faut rappeler que l'un gagne sa vie en écrivant des téléfilms mélo conjoncturels et l'autre ne la gagne pas en écrivant des sommes sur les rangs du crime organisé ou du NKVD où certains coreligionaires se seraient égarés. L'un est malade car il vit bourgeoisement en émulsifiant des niaiseries, l'autre est malade car il vit de misére en orfévre de la condition humaine.
L'un me confie :
- « C'est affreux je vais me faire 3 batons pour concocter un bidule sur une famille idéale et je n'y crois pas. Après nous partons à la barbade avec les trois mômes, ne le dis pas à mon frère »

Oncle François, rouquin à la barbe grise. Ingénieur en retraite un peu ivre ce soir a ris le piano droit d'esther en main et Glenn Gould me semble plutôt honoré de la sorte. Du moins c'est à mon goût contrairement à son traditionnel nœud papillon.
Son épouse Francine, la sœur de mon pére, blonde un peu séche est debout derriére lui une main sur son épaule, un sourire accroché sur la figure qui pivote de gauche à droite admirant les admirateurs potentiels. David et Julianne mes cousins sont eux aussi de bons pianistes et ils sont là souriants, polis et distants, comme des juifs allemands de Berlin égarés chez des juifs de Moldavie.

Yassi, Braïla, le nom des villes d'orgine de la famille semblent comme une mélopée dans le brouhaha de la réception. Ashkenasi, Bronstein, Grimberg, les noms de la famille. En Moldavie roumaine, les trois frères Ashkenasi, à l'aube du 20 iéme siécle avaient décidé que deux d'entre eux devaient changer leur patronyme. Ils se bricolérent des noms de famille et de nouveaux papiers aussi. Isaac, le cadet choisi « Skinzer » avant de procréer mon grand -pére Jacob avec Rose Bronstein.
Jacob naquit en décembre 1912, puis vinrent deux filles Magda et Léa et enfin Henri. La famille arriva à la gare de l'Est à Paris en 1926 avec un seul baluchon, Henri. Les grands parents étaient déjà là, les cousins vinrent ensuite.

En Roumanie, Baruch était un marchand de chaussures ambulant et violoniste, Isaac racontait des histoires au café et conseillait qui le voulait en tant que marieur. Eli était meunier et un lutteur de foire fameux. Jules, un étudiant en médecine prométeur. David, artiste de music hall, pétomane jongleur, équilibriste. A paris ils sont devenus casseurs d'oeufs, porte faix, marchands de chaussures dans un magasin, vendeur démonstrateur en bonneterie. Jacob est devenu apprenti tailleur, fumeur de gauloises, dragueur de beauté, joueur de cartes, raconteur d'histoires, des vraies, des fausses. Souvent des bonnes à rire d'en avoir pleuré.

Déjà à Jassi la tribu était menacée, vulnérable aux injures, aux pierres, couteaux et tessons de bouteilles, puis à Paris survint la deuxiéme guerre mondiale et aujourd'hui ce soir dans ce salon parisien, les mots traversent cet espace confiné.
Ils sont trop nombreux pour les énumérer mais on parle de la haine et de la peur, du courage, de l'anéantissement, du nom des camps de la mort et quand les parents furent séparés de leurs enfants, des coups de grâce, des arrestations, des cachettes, des gendarmes français, des familles désarmées, livrées et prises au piége. Les noms de ceux qui ont disparus et de ceux qui ont survécu, qui ont luttés sont dits et répétés, d'abord dans l'anxiété, puis répétés encore pour leur rendre le repos. On parle des bourreaux, des délateurs, de la France Libre et des armées secrétes. On évoque les nouveaux périls.

Hester me dit : « Parleras tu à ta fille ? »
Je réponds : « oui, bientôt » avec un doute. A t on le droit de transmettre les mots du péril à ses enfants ?

Arnold, le frère de ma grand-mére, pose de sa photographie noir et blanc à bords crénelés, un regard ironique sur l'assemblée de ce soir. Il est en uniforme de lieutenant de la 2 iéme D.B. On dirait un acteur de comédies Hollywoodiennes. Tonton Arny, un démiurge massif à légion d'honneur nous a quitté voilà dix ans.
Esther a sortie cette photo que je connais d'un tiroir mais je ne me souvenais pas qu'elle soit si grande. Plus loin au mur, la photo de la maison de Beaucé où toute la famille avait trouvé refuge sous une fausse identité. Je reconnais ma grand-mère, les sœurs de mon grand-pére Jacob et leurs filles, Henri, Hesther 14 ans qui tient une fillette par la main, ma mére. Dans le coin de la photo à droite, une autre maison et un jeune homme à la forte carrure et au grand sourire, Clément. Instituteur. Jacob prend la photo.
Une autre photo montre Esther et les trois gamines sur un plaid en train de faire un picnic. Elles sont dans le modeste verger d'une ferme. Une autre photo montre Jacob, torse nu en short faisant l'acrobate aux anneaux d'un portique. Il est bronzé, souriant et il fait saillir des pectoraux et des abdominaux que je ne lui ai jamais connus.

L'arrestation a eu lieu en avril 1944, avant midi et il a suffi d'un agent des affaires juives et de deux gendarmes locaux tatonnants.
L'agent Gustave Barda est passé une premiére fois seul à la ferme du hameau des Pâtures, à la recherche de la famille sous leurs véritables identités. Jacob l'arrête dans le chemin et le refoule en faisant son numéro de pitre demeuré. Cela fonctionne et cependant Jacob se doute que cela ne leur procure qu'un fragile répis.
Je sais que Barda est revenu avec deux gendarmes de Beaucé dans un fourgon et que le délai
-1 heure- n'a pas suffi à toute la famille pour se décider à fuir.
Et là, c'est Tante Hester qui parle ce soir au cœur de notre Croc-Palabres et pour dire certaines choses que je ne savais pas :
« Jacob est venu me prévenir du retour De Barda. Je préparais le déjeuner des petites. Elles étaient avec moi. Il m'a demandé de me préparer avec elles à partir au plus vite. J'ai dit qu'il fallait avertir mes parents. Papa faisait du Bois. Maman faisait les lits. Il m'a dit qu'il fallait faire vite et qu'il s'en chargeait. J'ai protesté, crié. Je portais sa petite Tessa dans les bras. Il me l'a retiré et m'a hurlé de prendre les plus grandes et de me cacher chez Clément. Pourquoi me retires tu Tessa ?ais-je dis. Tu ne me fais pas confiance, sauve nous toi, lâche ! Je me fiche des grandes ce sont des pestes !
Jacob, sa fille dans un bras, m'a giflée de l'autre pour me rendre Tessa et m'ordonner de fuir avec les gamines. C'est ta mission, m a t il dit. Nous avons couru et je l'ai vu soutenir, tirer, hurler pour arracher sa femme -ma chère cousine- à l'éffondrement. »

Esther pleura et fit le silence.
« Cette femme, je le dis ce soir, ta mére Tessa était faible. Ma mére à moi a été arrêtée. Je l'ai vu de ma cachette avec les enfants. Clément avait pris son fusil de chasse. Il était devant la lucarne, armé et j'ai vu mon pére arriver du bois, une bûche à la main etre abattu par Barda. Les gendarmes ont tiré sans effets sur Henri qui s 'enfuyait et ma mére nous sachant cachées tout près et couverte de sang a haté le départ des gendarmes avec la grand-mére Julia, Magda, léa et elle-même. »

Silence
« Longtemps j'ai entendu les voix. Je peux pardonner à Jacob s'il n'a pas eu le temps de convaincre Maman et les autres, il m'a sauvée moi et m'a confié ce qu'il avait de plus précieux, Tessa.
Maman n'est jamais revenue, Clément a enterré Papa en dissimulant la tombe et il a integré Jacob, Henri à son réseau de résistance. Nous les enfants, avons été protégés, cachés de fermes en fermes.
Barda est mort deux jours après d'un coup de bûche en sortant des WC. L'arriére cour d'un bistrot. Le délateur de la mairie de Beaucé a reçu un bon de marteau un soir de noce au village. Jacob n'a pourtant jamais été vraiment bricoleur.
Magda et Léa sont revenues en 1945, épuisées et ammaigries. Nous les avons retrouvées au centre d'accueil du Lutétia. Jacob les a ramenées à la maison. Leurs maris avaient disparus sans sépultures.»
Depuis ces années là la famille est quelque peu fâchée avec Dieu, en froid. Dieu nous a blasfémés, souffletés. Il n'a pas retenue la main qui nous sacrifiait.
Les trois cousines, quadra sur la photo au mur, sourient côte à côte.
Ce soir, grands-méres, elles pleurent et s'observent, défiantes.
J'aperçois une photo en Noir et blanc de Jacob en maillot de bain alongé sur une plage de l'été. Il est hâlé et il ferme les yeux.
Tante Esther se rapproche de Tessa, ma mére, lui touche le bras de la main gauche et l'embrasse. Larmes silencieuses. Il semble qu'il y ait des affinités touchantes pour certains et cruelles pour d'autres.

J'aurais aimé que ma sœur Noémie soit là ce soir avec ses filles rebecca et Tessa.
Je me souviens que dans ma famille les prénoms d'une personne ne sont pas les mêmes au travail, à l'école et à la maison.
Je suis à tout proche des filles des cousines de ma mére et nous sommes gênés.
Pourtant qu'éloignés et différents nous avons en commun une expérience terrible.
Au cours de mes mercredis chez mes grands parents, Magda et Léa et les filles venaient souvent prendre le thé pour des séances de papotages, cancan et commérages. Les bras nus dans des robes à grandes motifs floraux, ces femmes un peu lentes et massives se montraient cruelles et vindicatives mais une peur panique de gamine leur faisait dissimuler d'un geste doux un certain tatouage sur l'avant bras. La main droite venait se poser en contre bas de la main gauche. Ma grand-mère qui avait échappé à la déportation se taisait toujours devant ce geste.

A l'agonie de Léa, mes cousines m'ont téléphoné pour me demander de venir les assister.
Les autres s'y étaient déjà rendus et déclaraient forfait. Je suis arrivé un soir de juillet au Val de Grâce. Je connaissais les lieux. Mes cousines étaient présentes depuis 15 h. Elles se tenaient auprès de Léa agitée, épouvantée et tentaient de lui saisir les mains et la rassurer. Un médecin est resté un moment dans la chambre, prévenant, calme et lent. Cependant je n'ai pas saisi si il s'agissait d'un neurologue ou d'un psychiatre. Il dit avant de partir, son respect de soldat devant la patiente et la date d'ouverture du dossier médical. Nous lui avons fermé la porte un peu vite.
Léa hurlait, gesticulait en larmes, se prostrait pour quelques segondes.
Elle revivait sur l'instant toutes les atrocités subies au de Camp de T... en Tchécoslovaquie.
Un camp de déportés musiciens, comédiens, de femmes jeunes et jolies pour le repos des soldats de l'armée allemandes. Bordel, Atelier. Mouroir.
Ce soir là nous avons écouté Léa jusqu'au dernier mot. Nous avons refusé le kaddish au tout puissant.
Nous avons pris la vague de la colére de plein fouet et elle nous a submergée à plusieurs reprises mais bien au delà de la colére, il y à le calme et le silence de celui qui remonte correctement un fusil, de celui qui ajuste son bras autour de son enfant pour gravir un escalier difficile.

Ce soir, nous rions en nous récitant « la tirade des aiguilles » de Shylock
dans « Le marchand de venise ». Nous faisons des variations d'interprêtation. Façon Lubitsh, façon Palais de chaillot.
Chez Hesther ce soir je vois les photos d'après guerre.
Hesther à la piscine du Touquet à 17 ans avec son équipe féminine de natation de la fraternité Alya.
Bonnets de bain, mille reflets et éclats de lumiére sur la peau hâlée des jeunes filles. Mes oncles qui apparaissent et grandissent sur les photos de vacances à Cabourg, Houlgatte, Villers. Le sable, chateaux de sable, glaces à l'eau.
Les vacances avec Clément à Deauville, lunettes noires, marcel, espadrilles, Martini et quelques cigares sur la promenade en plein midi. L'atelier qui prospére.
La longue quête des disparus et de leur destin, au moins savoir où et quand, pitié, a forgé la conviction que coùte que coùte il faut prévoir une sépulture digne pour les survivants, futurs défunts. Mutualisation. Jacob aura payé sa sépulture de 1946 à 2004.

Jacob qui fait le poirier, sur un trapeze, des figures entre deux deux anneaux, à vélo. Qui fait des pompes.
Clément devenu directeur d'école avec sa classe en photo. Tante esther devenue Institutrice avec sa nouvelle classe.
Hester avec ma mère et mes oncles adolescents. Tante Hester arbore une poitrine plantureuse au dessus d'une table de midi sous les arbres. Les feuilles leur font de douces tâches d'ombre sur le front et les pommettes. Les yeux sont bien visibles et le bonheur aussi .

Mon grand-père prend du poids sur les photos.
Il se voute, sa femme est mal habillée et maussade.
Sur les photos, tous les trois ne se regardent plus.
Ici, j'entend que l'on du essayer de demander que Clément soit honoré du titre de juste parmi les nations.
Mes parents sont allés en Israêl, ont vu Yad Yashem. Pas moi. Les photos en couleurs se dressent sur les rayons de la bibliothéque.
Nous buvons du champagne, nous grignotons et sur les photos, ma grand mère a disparue.

J'apparais sur la photo d'un certain après midi d'été à Beaucé avec Clément, Henri et Tante Hester. Jacob a tenu l'appareil. J'ai tout écouté durant une lente visite entre le village et le hameau.
« Mais quand parleras tu à chloé ? »
Chloé est là et son regard est alerte.
Tante Hester boit un peu de sa flute de champagne, une gorgée, petite et s'éclaircit la voix avant de jurer devant la photo de Jacob et Aurore durant une course à Longchamp. Je suis avec mais c'est moi qui fait la photo. Aurore, locataire à titre gracieux de la chambre du 6 iéme étage, jeune fille au pair, étudiante à l'Alliance Française, sa maitresse, notre comparse.
Tante Esther jure une nouvelle fois et grogne.

Je dis « Ils s'aimaient et elle lui a sauvé la vie après la mort de Mamie. »
Elle réplique : 
-« Elle ne l'aimait pas ce fainéant. Elle profitait »
- « Elle l'aimait »
- « Une menteuse »
- « Elle prenait soin de lui »
- « Elle aurait pu etre sa fille et elle ignorait tout de ce qui nous lie ».
- « Tu te trompe »
- « Une débauche sans respect n'est que de la boue »
- « Aurore respectait Jacob »
- « Elle n'avait pas le respect de la confiance accordée, l'amour du plus précieux »
- « Le plus précieux ? »
Elle me montra une photo de ma mère en blouse à carreaux d'écoliére à son pupitre. Regard perplexe de la gamine et boucles brunes rebelles »
- « Jacob m'a confié sa fille adorée malgré moi. Il m'a donné de mission majeure. »
- « Je comprends.. »
- « Je ne crois pas, pas encore »
- « ah ? »
- « A son amour et sa confiance, j'ai répondu par mon dévoement à la mission »
Elle tira de sa main gauche un petit tiroir.
Je l'aidait et découvrit bien à plat au fond une unique photo encadrée d'argent noirci.
Jacob 30 ans, Clément 35, debouts sur la pelouse rase de la villa de Villers, gonflant biceps et pectoraux. Lunettes de soleil sur des crânes dégarnis et bruns, sourire de play boys et intégralement nus.
Elle reprit
- « C'était un vrai héros, Clément aussi. Mes deux amours »
- « Je trouve que.. »
- « Le seul vrai amour c'est le respect et la responsabilité que l'on t'accorde et la réciproque.»
Elle bu encore un peu de Champagne et je la resservie.
Tante Esther dit :
-« Voilà c'est dit , tu devais le savoir. C'est notre seule ressource . Avec tout cet amour il va falloir que je remette un peu de N° 5. Cinq gouttes de vin blanc et du n° 5 pour elle. »
- « Bravo c'est parfait. Et j'aimais Aurore et j'aimais que Jacob l'aime.»
Esther quitta le salon pour sa chambre.

Juste derriére moi Chloé croquait sa part de gâteau aux graines de Pavot.

A son retour Tante Esther nous appela tous autour d'elle. Il restait du bourgogne à finir.
- « Venez, venez ne me forcez pas à sévir. »
le silence se fit, François ne jouait plus et Francine fatiguée scrutait l'assemblée en mode sourire commercial.
Tout le monde s'essuie la bouche, réajuste sa tenue, dissimule sa serviette en papier.
- « Ecoutez, merci d'avoir partagé ce moment ensemble. Nous sommes forts par ce qui nous relis.
J'ai voulu rester pour vous, éternellement, sur ce moment partagé. Comme l'a fait Jacob, si imparfait si passionnant. Mon héros ».

Silence

- « A l'amour, aux enfants. Toutes les archives que vous avez vu là. Beaucoup que vous ignoriez sont répertoriées et annotées. Elles seront à votre disposition le moment venu. Pas de cérémonie religieuse. Je parts fâchée envers certains. Prenez bien soin les uns des autres.»

Au moment de se quitter à la fin de cet ultime Croc-palabres, en accolade avec Esther avec des baisers, cela sentait la cannelle et la pâte chaude du strudel aux pommes, à la viennoise ainsi que le n° 5 de Chanel.
Mais aurais-je, moi les mots pour le dire à ma fille ce que nous sommes  et pourquoi ?
Mais en fait elle en connait le tempo.


CyrilG
CyrilG

Messages : 89
Date d'inscription : 23/03/2014
Age : 48
Localisation : Souvent en moi-même

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Croc-palabres

Message par Patrice le Dim 27 Avr - 20:28

Très impressionné par ce récit qui imbrique avec tant de naturel l’anecdote du moment présent avec le drame du passé, l'émotion avec le cocasse, la recette de cuisine avec la recette de vie... un vrai style d'écriture, brut, efficace, vital, original. Quelque chose qui surprend vraiment car on ne l'a jamais rencontré avant, comme lorsqu'on lit Céline ou Duras pour la première fois. Très fort. J'aimerais beaucoup relire le texte précédent qui a disparu du forum.
Patrice
Patrice

Messages : 118
Date d'inscription : 10/03/2014
Localisation : Chatenay-Malabry

Voir le profil de l'utilisateur http://www.malavieille.fr

Revenir en haut Aller en bas

Re: Dernier Croc-Palabres chez Tante Esther

Message par MdeB le Lun 28 Avr - 3:25

Patrice a trouvé les mots qui traduisent exactement mon ressenti en lisant "croc-palabres" et puisque votre pudeur Cyril a fuis la discussion hier à La Bouquine... rougissez en toute intimité et acceptez de nous avoir véritablement transportés.

MdeB
Admin

Messages : 80
Date d'inscription : 10/03/2014

Voir le profil de l'utilisateur http://labouquine.forumactif.fr

Revenir en haut Aller en bas

Re: Dernier Croc-Palabres chez Tante Esther

Message par CyrilG le Lun 28 Avr - 5:28

c est trop d honneur pour moi mais cependant je suis tres heureux que vous soyez tout deux interesses par ce texte. merci pour votre attention.
CyrilG
CyrilG

Messages : 89
Date d'inscription : 23/03/2014
Age : 48
Localisation : Souvent en moi-même

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Dernier Croc-Palabres chez Tante Esther

Message par Azed le Dim 4 Mai - 16:46

Merci Cyril.
Ton texte m'a donné envie de faire connaissance avec cette tante Smile

Azed

Messages : 28
Date d'inscription : 13/03/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Dernier Croc-Palabres chez Tante Esther

Message par CyrilG le Dim 4 Mai - 17:29

tu m en vois flatté. merci
CyrilG
CyrilG

Messages : 89
Date d'inscription : 23/03/2014
Age : 48
Localisation : Souvent en moi-même

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Dernier Croc-Palabres chez Tante Esther

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum