L'homme assis

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L'homme assis

Message par Menuiziebihan le Mar 21 Oct - 9:12

Un visage parmi d’autres, pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ? Peut-être, probablement, ce regard sombre, pas franchement triste, un rien désabusé, épuisé peut-être par les ans qui ont charrié sur ces paupières leur limon de désenchantement. Sans doute était-ce ainsi qu’il regardait le monde, sa main droite posée, ou accrochée, plutôt,  à l’accoudoir du fauteuil dans lequel il était installé, l’autre manche pendait, vide, le long du manteau.

Les gens passaient, rapidement, trottant d’une pièce à l’autre, je les voyais avancer en groupe compact, les regards glissaient sur les cimaises, voir sans comprendre, éventuellement regarder mais surtout ne pas perdre de temps, aller à l’essentiel : respecter le programme, des cases à cocher, un lieu, une image, une photo,  la célébrité de l’endroit, ce dont tout le monde parle, dans les catalogues, dans les journaux, chez soi, aussi, parfois.

Lui n’en faisait visiblement pas parti, personne pour s’arrêter, s’étonner de son désenchantement, cette fatigue qui exsudait littéralement de tout son être, de son attitude, son regard. Il n’y avait vraiment rien de fier et d’assuré dans sa posture, il se tenait un peu tassé sur lui-même, enfoncé dans le fauteuil. Presque engoncé dans cette fourrure de prix dont il était vêtu tel un prince russe, mais un prince russe un peu éméché au sortir d’une soirée longue et arrosée, où la fortune se serait évaporée au fil des verres de vodka pendant et des donnes successives peu en veine de mains trais heureuses. Le manteau semblait avoir été enfilé rapidement, presque à regret, aucune prestance, en tout cas pas de celle que l’on aurait pu attendre avec  un tel accessoire de prix, était-ce à dessein ? Impossible de le dire, la blouse de soie cramoisi, aux effets moirés, était bien la seule chose , en dehors du visage, qui accrochait un peu de lumière.

Mais il faut revenir au visage, toujours, tache claire dans cette masse sombre. Et puis se quitter, quitter cette mélancolie qui insidieusement coule de son regard et vous envahit. A-t-il quelque chose à vous dire ? Un désespoir à exprimer ? De ces sentiments qui se reflètent dans le mouvement à peine ébauché et que  l’on sent, ou que l’on imagine, difficilement maîtrisé. L’homme ne veut rien nous imposer, du moins nous le pensons ainsi, on suspecte son intention, on suppose ce vague à l’âme qu’il peine  à cacher dans les plis de ce manteau de prix, manteau qu’il porte tel un oripeau passementer de soie et d’or.

Il y a une petite note au côté, vous verrez c’est écrit : Van Dyck, on laissera l’anonymat du sujet, il suffit d’aller au Prado, il doit y être encore.

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