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Une soirée Bidochon

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Une soirée Bidochon

Message par Menuiziebihan le Dim 13 Juil - 17:57

Un sentiment ? Une intuition ? En tout cas le doute était peu permis, la soirée ne s’élèverait dans les hauteurs du Parnasse littéraire, nous risquions plutôt de voguer dans le flot des certitudes affirmées, des ignorances affichées et des a priori bien sentis. Ne vous méprenez pas, cela a son charme, d’ailleurs ne sommes nous pas toujours un peu, ou beaucoup, cela dépend des jours et des inspirations, le Bidochon d’un autre. Rien n’y manquait, il y avait sur la petite table basse, dans cet étroit deux pièces délicieusement kitch, les inévitables cacahuètes et les petits biscuits salés qui souvent sentent bon leur renfermé, bien sur le Kir était de rigueur. 
 
La fenêtre ouverte donnait sur le boulevard, laissant entrer à flot continu les bruits de la circulation et les gazes d’échappement. Chacun avait trouvé qui un coin de canapé ou un bout de tabouret et faisait cercle pour cet apéritif de début de soirée. On s’extasia sur une table pliante, rangée le long du mur dans sa housse de plastique, le charme décoratif de l’objet était rehaussé par une lampe berger aux couleurs improbables et d’un gout incertain, toujours dans notre joie exploratrice nous louâmes de concert la vue imprenable sur la circulation parisienne.
 
Ensuite l’attention  se porta sur une sorte de cagibi sombre coincé entre la cloison et la porte d’entrée et baptisé un peu  pompeusement du titre de coin-cuisine. Le visiteur pénétrant dans l’appartement devait donc s’insinuer entre ce qui d’avantage de l’édicule que de la kitchenette, et la cloison de la salle de bain dont la porte jouxtait celle de l’entrée.
 
Par une bizarrerie de conception dont l’appartement , malgré sa petite taille , ne manquait pas, ce fameux coin-repas empêchait la porte d’entrée de s’ouvrir totalement,  du coup la salle de bain devenait une voie de passage obligée : la porte ouverte permettait aux convives d’accéder à l’appartement grâce  un mouvement de chicane qui pouvait s’exécuter si ce n’est avec grâce du moins sans trop de contorsion : du couloir de l’immeuble on se glissait par la porte d’entrée entrouverte, on passait un pied dans la salle de bain, pour faire un rétablissement dans la partie Salon-coin-cuisine-dégagement. Chacun pouvait ainsi faire montre de sa souplesse à l’entrée comme à la sortie.
 
Un des convives peu soucieux de passer pour aimable mais presser de faire montre de ressources, nous expliqua qu’il possédait, en plus large, un édicule équivalent à celui de notre hôtesse mais où s’alignaient sur des étagères suspendues un éventail conséquent de bouteilles d’alcool, il y en avait beaucoup, vraiment beaucoup, peu convaincu de l’effet impressionnant de la répétition, il nous fit profiter d’une liste singulièrement exhaustive des différentes bouteilles qui égayaient les attiques de ce qu’il qualifiait avec plaisir son nid douillet. Des femmes présentes, aucune ne se proposa d’aller vérifier l’exactitude du propos, mais il suffisait de voir sa face un tantinet rubiconde, précocement raviné, avec les joues couperosées, pour en conclure que même si les bouteilles n’y étaient pas dans le nombre indiqué, l’approvisionnement semblait assuré. A part les stigmates lié a un usage peu modéré de la dive bouteille , force était de constater qu’il ne ressemblait à rien, mais à bien y réfléchir on ne voyait pas à quoi il pouvait ressembler d’autre. Le garçon se laissa aller sans façon dans le canapé, ce qui, compte-tenu de sa petite taille, se transforma en un petit dérapage assez mal contrôlé, d’autant que ce canapé,  meuble encombrant autant que principal de cette pièce était en cuir, matière hautement glissante quand les pieds ne touchent pas le sol.
 
Une petite causerie démarra sur l’air du temps et les prévisions météorologiques.
 
Mais tout cela ne sembla pas convenir à notre bonhomme qui embraya assez vite sur les différents complots qui hantent le monde, et le sien en particulier, le fait que notre pays était gouverné par des pourris, je notais à ce sujet un assentiment général exprimé par des hochements de têtes aussi vigoureux que peu documentés, devant une tel assentiment aussi collectivement que frénétiquement exprimé, il continua donc sur veine, et donc d’affirmer que nos élus nous mentaient effrontément, nouvelle vague de hochement de têtes, qu’il n’y avait plus de vies privées, redoublement de hochements de têtes, et que la liberté était en péril. Je dois vous avouer que tous ces hochements de tête successifs me donnaient quelque peu le tournis, dans le style de ce que l’on peut ressentir face un mouvement de houle.
 
Il n’est pas impossible que ce tournis était aussi dû à ce verre de vin que j’avais accepté et qui, une fois bu, se rappelait à moi de façon régulière par des remontées acides aussi silencieuses que déplaisantes, la prochaine fois j’opterai pour un jus de fruit.
 
Notre hôtesse était une dame charmante, enjouée, passionnée de sport et le faisant savoir, débordante d’activité, attachante de gentillesse dans son univers étriqué, une vieille fille absolue qui se gardait bien de jeter un œil dans le rétroviseur, concernant ses goûts, il n’y avait pas grand-chose à dire, en fait je crois même qu’il n’y avait rien à en dire. A part un détail à coté duquel il eut été difficile de passer, il s’agissait de deux petites toiles accrochées côte à côte. Impossible de ne pas remarquer ces personnages aux couleurs criardes et qui me fixaient de leur regard hypnotique, des peintres à l’huile vu l’épaisseur des couches, cela ressemblait vaguement à des dessins d’enfants ou un délire créatif réalisé dans un moment de transes lors d’une tentative de retour à la vie intra-utérine, les cadres réalisés dans un mélange de bois et de cuir ne faisaient pas non plus dans le sobre, quelque chose dans  le style faussement classique, l’ensemble me laissait perplexe : provocation, cadeau de ses neveux ou nièces, arnaque pure et simple, souvenir d’un amour disparu et incertain, j’hésitais
 
La dernière de l’équipe nous rejoint quelques temps plus tard mais n’attendit pas très longtemps pour nous faire partager ses frustrations tant professionnelles et personnelles, nous fumes une audience bienveillante et compatissante, puis passâmes à autre chose.
 
Nous devions, une fois le verre fini, rejoindre la salle de bowling, et participer ainsi à un happening nocturne, n’ayant pas remis les pieds dans ce genre de lieu depuis mes années d’étudiants, j’étais curieux de ce que j’allais y trouver.
 
Du bruit, çà et la chaleur moite, voila les deux choses qui, sans discontinuer, rythmèrent la soirée. Pour notre bonheur, le passionné des complots mondiaux, après un démarrage hésitant, se mit assez vite à gagner, de maussade et critique, il passa très vite au stade enjoué et communicatif, c’était mieux que renfrogné.
Les boules succédèrent aux boules, les applaudissements aux encouragements, mes oreilles au heurt sourd des boules qui tombaient lourdement sur le parquet avant d’aller rouler jusqu’aux quilles, il y avait à quelques pistes de là une sorte de concours de cris, d’insultes et de rires qui suivaient, précédaient ou accompagnaient le bruit des boules projeter sur la piste avec autant de délicatesse que des bûcherons avinés.
 
Aux tirs de boules succédaient d’autres tirs de boules, la nuit s’avançait, finalement deux heures plus tard la partie se termina dans une joie partagée et non feinte, je quittais mes nouveaux  amis avec un regret affiché et rejoignais mes pénates et mes livres avec l’inquiétude sourde de sombrer un jour dans la douce torpeur de ces soirées ou tout s’agite si ce n’est l’esprit.
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Re: Une soirée Bidochon

Message par MdeB le Mar 15 Juil - 5:40

C'est excellent, drôle et enlevé. Je lis vos mots et je déguste du Pascal. Un vrai plaisir. On en veut encore.

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Re: Une soirée Bidochon

Message par Patrice le Jeu 17 Juil - 21:09

On s'y croirait. Vraiment excellent! Mais comment fais-tu pour pour vivre de tels moments? Ça semble tellement vrai que ça ne peut pas être inventé!
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Re: Une soirée Bidochon

Message par Menuiziebihan le Ven 18 Juil - 5:49

Notre quotidien est généreux en moments qui ne demandent par la suite qu'à meubler nos écrits, mais pour des raisons qui me sont propres, mais sur lesquelles j'ai quelques difficulté à me pencher,  seul le dérisoire et inconsistant du genre humain donne un peu de matière à ma plume, j'ai le défaut d'avoir une encre un rien acide, mais, a posteriori, j'y vois quelques bénéfices, car c'est l'acide de nos sentiments qui permet à l'encre de mieux pénétrer et se graver ainsi durablement dans nos esprits.  
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